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FANTASME ET RÉALITÉ : LE CAS DU SHAMPOOING SOLIDE !

 


En quelques années, les shampooings solides ont envahi les salles de bain. Dans le commerce ou faits-maison, ils font le bonheur des beautystas avec leur aspect ludique, leur mousse généreuse et leur côté "écologique"...


L'engouement est réel et les adeptes ne tarissent pas d'éloges sur cette nouvelle galénique, qui "laisse les cheveux légers", "permet d'espacer les shampooings" est  "économique" et "écologique".
Sur le papier c'est un sans faute, qu'en est-il de la réalité ?

 

 

Qu'est-ce qu'un shampooing ?

Si le savon issu de la saponification de graisses existait probablement déjà à l'époque des Sumériens, les syndets (pour synthetic detergent), dont font partie les shampooings, ont été mis au point pendant la seconde guerre mondiale. Le but était de créer un produit pouvant mousser en eau de mer (à destination des soldats américains), chose impossible pour un savon.

Le shampoing solide tout comme le shampooing liquide, est un syndet, dont les propriétés dependent grandement des tensioactifs utilisés.

La particularité d'un syndet est qu'il ne contient pas de molécule de savon, mais des tensioactifs synthétiques. Son pH est donc ajustable contrairement à un savon, sa mousse et sa rincabilité plus grandes, notamment en eau dure.
Autre fait important, avec un syndet il n'y a pas l'effet "lime soap" caractéristique des savons.
Ce dépôt de molécules insolubles en eau dure (Calcium stearate essentiellement), reste après rinçage sur la peau et les fibres (dont les cheveux), leur donnant un aspect "terne".

 


Ce phénomène explique entre autres, pourquoi il est déconseillé de se laver les cheveux avec un savon. Avant l'arrivée des syndets, l'effet "Lime soap" était réduit en se rinçant les cheveux avec une solution acide (vinaigre). Celà n'est plus necessaire avec un syndet, car les tensioactifs modernes sont "lime soap dispersants". Ils sont en effet capables de "dissoudre" les résidus de calcaire et de laisser la peau (et les cheveux) sans dépôt terne.

 

Tensioactifs modernes : les sulfates et les autres

Impossible de parler de syndet (et donc de tensioactifs modernes), sans évoquer leur disparité. D'un côté il y a les sulfates, très détergents (et donc agressifs pour la barrière cutanée) et les tensioactifs dits doux, dont font partie les alkylpolyglucosides (ou APGs) et les tensioactifs aminés.
Vous pouvez consulter cet article pour découvrir les différents tensioactifs et leurs propriétés.

 

Le shampooing solide en question

Ses formes originales et colorées en font un produit ludique, voire gourmand. Facile à reproduire chez soi, c'est le produit lavant le plus DIY qui soit.

Personnalisable à souhait, sa forme solide permet d'incorporer des poudres de plantes, des beurres ou autres laits végétaux. La seule limité étant l'imagination. 

Il est également considéré comme "nomade", même si dans les faits, celà est plus compliqué que ça en a l'air. En effet le contenant souvent vendu en plus du produit, lui fait perdre son côté "sans emballage".

Ensuite, pour garder son aspect pratique, il faut attendre que le shampooing solide sèche pour le mettre en boîte (au moins 24h), pour éviter qu'il ne s'y colle et ne se casse quand on le prend. Ce qui ne le rend finalement pas si nomade que ça.

Mais surtout, il y a des différences fondamentales au niveau de la formulation entre un shampoing liquide (en gel) et un shampoing solide. De ces différences découlent le problème avec les shampooing solides...

 

1. LA DOUCEUR

Un shampoing liquide contient 15 à 25% de tensioactifs purs. Un shampoing solide en contient 65 à 90% !

Si celà semble anondin, l'agressivité d'un tensioactif est pourtant un phénomène dose-dépendant. 

Même un tensioactif doux - prenons l'exemple du Sodium cocoyl isethionate - devient irritant au délà de 40%. Or un shampoing solide contient en général 75% de tensioactif pur.

Evidemment, cet effet est d'autant plus marqué quand le tensioactif utilisé est un sulfate.

L'agressivité due à une trop forte concentration en tensioactifs se matérialise par un inconfort puis par une vraie intolérance au niveau du cuir chevelu, mais surtout par une secheresse accrue de la fibre capillaire.
 


Cet effet est vicieux car il apparaît graduellement. Au début en effet, un shampoing surdosé en tensioactifs (en particulier en tensioactif issu d'acides aminés), va laisser les cheveux bien brillants et souples. Il fera le bonheur des cheveux regraissant vite.
Ensuite, l'effet sera pratiquement neutre (on dira alors que les cheveux se sont habitués au produit).
Puis, à terme apparait une sécheresse accrue de la fibre (qui peut passer longtemps inaperçue en utilisant des produits adoucissants -en particulier conventionnels- à base de quats et/ou de silicones).
A noter que la grande majorité des après-shampooings ou masques "naturels" voire "bio" contiennent des quats.

Enfin, le problème avec la concentration élevée en tensioactifs est qu'elle facilite le passage transcutané d'autres substances problématiques. Ce sont notamment les parfums de synthèse (et donc les molécules allergisantes), ou encore les huiles essentielles, dont le dosage ou la composition ne seraient pas adaptés à cet usage. 
 

2. LA TOLÉRANCE

La douceur recherchée dans un produit lavant a evidemment pour but d'augmenter sa tolérance sur la peau et les cheveux.

Pour cette raison, la formulation d'un shampoing liquide répond à des exigences de tolérance et d'efficacité qui expliquent le mélange systématique de tensioactifs primaires et secondaires dans un but bien précis. 

Les tensioactifs primaires vont apporter un grand pouvoir lavant et faire mousser. Les tensioactifs secondaires ont pour fonction principale d'adoucir (voire d'inhiber) l'aspect détergent du tensioactif primaire et sont donc incontournables quand on formule un produit d'une grande tolérance.

L'autre avantage d'un mélange de différents type de tensioactifs est l'effet synergique, qui rend le produit lavant à la fois plus doux et plus performant, notamment en abaissant drastiquement la tension superficielle de l'eau. 
Un mélange de tensioactifs sera donc plus efficace à petite dose pour nettoyer qu'un tensioactif seul en grande quantité. Encore faut-il que ce mélange soit bien étudié. 

Dans un shampoing solide, le tensioactif primaire est non seulement très concentré, mais est souvent utilisé seul. Dans tous les cas, vu sa concentration, la part de tensioactifs secondaires ne peut être qu'anecdotique. 

Cette grande concentration en tensioactif unique rend le shampooing solide plus détergent mais moins efficace qu'un mélange moins dosé. N'oublions pas que si la mousse est liée au pouvoir lavant, elle ne le définit pas.
 

3. LE RESPECT DU pH

S'il est une catégorie où le pH est très important, c'est bien celle des produits lavants. 

La douceur d'un shampoing est aussi liée à son pH. Plus il est éloigné de celui de la peau, plus le produit sera susceptible d'être mal toléré.

Le pH d'un produit lavant se mesure en solution (forme liquide) et à une concentration de 5%. Entre 5 et 25%, le pH d'un agent lavant ne change pas de façon significative. Il n'en va pas de même quand le tensioactif est utilisé à plus de 60%...

De fait, un ajustement de pH est obligatoire pour tout produit lavant respectueux de la peau et des cheveux.

Problème avec un shampoing solide : sa forme solide ne permet pas d'ajuster correctement son pH durant la fabrication.
 

4. L'ASPECT ÉCONOMIQUE DU SHAMPOING SOLIDE

"On utilise moins de produit"

La règle en matière économique est : "une concentration minimale pour une efficacité maximale". 

Or un shampoing solide a une concentration maximale de tensioactifs, pour une efficacité équivalente à celle d'un shampooing liquide. En effet si le but est de se laver les cheveux, il sera atteint aussi bien avec un shampooing liquide qu'avec un shampooing solide. 
 


Tout dépend dont ce qu'on entend par "utiliser moins de produit". Si on part du principe que l'eau d'un shampooing liquide est un solvant et que ce sont les tensioactifs qui font la fonction du produit, on utlise bien plus de tensioactifs avec un shampooing solide qu'avec un shampooing liquide. 
C'est un fait, un shampooing solide contient beaucoup plus de tensioactifs qu'il n'en faut pour laver correctement. Avec un shampooing solide, on utilise donc bien plus de tensioactifs en une fois qu'avec un shampoing liquide. C'est donc exactement le contraire. 

Il n'y a pas de "dosage" à l'usage avec un shampooing solide. Les lessives concentrées par exemple, ont un contenant servant de dose. On peut donc mettre la dose necessaire, qui sera moins importante qu'une dose normale, partant du principe que le produit est plus concentré. 
Mais en se frottant les cheveux avec un bloc de shampooing solide, difficile de se dire qu'on utilise plus ou moins de produit qu'il n'en faut. Dans les faits, en raison de la concentration en tensioactifs, on en utilise systématiquement plus que necessaire.
 

"On utilise moins d'eau"

La encore, c'est faux. Il n'y a pas d'économie d'eau réelle avec un shampoing solide. On entendra souvent qu'un shampoing solide ne contient pas d'eau et permet donc une économie d'eau lors de sa fabrication. Mais c'est vite oublier que l'aspect économique d'un produit se se résume pas à sa fabrication, bien au contraire.

Si le fabricant a utilisé moins d'eau pour fabriquer son shampooing solide, en ce qui vous concerne vous utiliserez beaucoup plus d'eau pour le rincer sous la douche.

Plus un produit est concentré en tensioactifs, plus il faut d'eau pour le diluer et l'éliminer pendant l'utilisation. CQFD.

 

5. ÉCOLOGIQUE, LE SHAMPOOING SOLIDE ?

L'avantage indéniable d'un shampoing solide est l'absence de flacon. En celà, sa réputation "zéro déchet" est parfaitement justifiée. 

Mais la vraie question derrière l'aspect écologique d'un produit, c'est également sa biodégradabilité une fois dans la nature. Et sur ce point, il y a plutôt un problème.

 

6. QUID DE LA BIODÉGRADABILITÉ ?

Selon la législation, une substance est dite biodégradable si, sous l'action d'organismes vivants extérieurs à sa substance, elle peut se décomposer en éléments divers, « dépourvus d'effet dommageable sur le milieu naturel ».

De ce point de vue, le paramètre important est la composition du produit (donc le type de tensioactif utilisé) et sa concentration. Or le shampooing solide est souvent présenté à tort comme plus "biodégradable" que le shampooing liquide.

J'ai même lu sur un site de grande envergure que le shampooing solide est écologique, car il ne contient pas de tensioactifs contrairement au shampooing liquide... En réalité, il en contient 3 à 4 fois plus... Suivant cette logique, il vaudrait mieux éviter au contraire les shampooings solides.


Les tensioactifs sont une vraie problématique de traitement des eaux usées. Ce sont des molécules qui doivent être traitées avant d'être rejetées dans la nature, pour préserver les espèces aquatiques (animales et végétales). Or plus il y a de tensioactifs dans l'eau, plus il faut de ressources (eau de dilution, micro-organismes, voire substances chimiques) pour les éliminer.

Evidemment, tous les tensioactifs ne se valent pas en terme de biodégradabilité. Les sulfates notamment, ont une biodégradabilité très médiocre.

Ce qui est sûr, c'est que plus les eaux usées sont concentrées en tensioactifs, plus leur traitement est compliqué. Et plus elle posent problème une fois dans la nature.

La concentration en tensioactif et donc l'aspect fortement moussant d'un shampooing solide indique aussi qu'il y aura plus de tensioactifs relargés dans l'eau de la douche et donc à terme, dans le milieu naturel.
 

UNE SUR-REPRÉSENTATION DANS LES PETITES MARQUES

Si les shampooings solides ont conquis la sphère beauté en quelques années, il est interressant de remarquer que les grands groupes, pourtant friands d'innovations galéniques ne s'y sont jamais mis.
A l'inverse, les petites marques sont celles qui proposent le plus de shampooing solides. L'explication est à rechercher dans la forme particulière du shampooing solide.
 
Un shampooing solide est très facile à formuler. Un seul tensioactif, un pouvoir moussant supérieur et un rinçage correct (ne laisse pas les cheveux poisseux).
Un produit liquide est bien plus délicat à formuler.
Le shampooing solide fait donc le bonheur des petites structures qui trouvent là un moyen de proposer un produit qui mousse beaucoup (grande attente du consommateur), est stable, pas trop liquide (les tensioactifs doux sont plus compliqués à épaissir).
 
A l'inverse, les grands groupes n'ont jamais eu de soucis pour formuler des shampooings liquides bien visqueux, qui moussent bien et se rincent bien (grâce aux sulfates). Il voient donc moins d'intérêt au shampoing solide, car ils ne sont pas limités en formulation, ni par les ingrédients, ni par la complexité des formules.
 
 
EN DÉFINITIVE, QUE VALENT LES SHAMPOOINGS SOLIDES ?
 
S'il faut reconnaître que l'absence d'emballage est un gros plus, nous avons vu que rien ne justifie objectivement qu'un shampooing solide, soit en soi plus écologique et plus économique qu'un shampooing liquide.
Du point de vue de la formulation, le shampooing solide est même à mon sens une hérésie. 
Les promesses sont alléchantes, pourtant la plupart ne sont pas basées sur des faits objectifs, mais sur un fantasme.
Fini les emballages, fini le gaspillage d'eau, fini la pollution... 
Dans les faits, en dehors de son absence d'emballage, le shampooing solide n'a pas d'avantage particulier par rapport au shampoing liquide.

Il
est par contre grandement questionnable sur sa douceur et sa tolérance, en raison de la concentration et de l'absence de mélange de tensioactifs. 
Rien que cette concentration extrême devrait nous interpeller, dans la mesure ou une substance active quelle qu'elle soit, n'est jamais à utiliser pure. A fortiori quand elle est par définition détergente. 
Niveau composition, le pire reste évidemment l'utilisation de Sulfates (dont le Sodium coco sulfate).
 
Vous ne trouverez pas dans le commerce, de shampooing solide contenant moins de 65% de tensioactifs purs. Si vous le fabriquez vous-même, vous pouvez baisser cette concentration. Mais votre shampooing solide risque de ne pas vous satisfaire, notmamment au niveau de la mousse et de l'étalement. Vous aurez également du mal à avoir un pain bien solide, qui ne fonde pas rapidement.
 

SOLIDE VERSUS LIQUIDE, UNE VRAIE QUESTION ?
 
Le souci du shampooing solide n'est pas sa forme, c'est sa concentration en tensioactifs. On pourrait se dire qu'il suffit de la baisser. Or mettre moins de tensioactifs rend le shampooing solide inefficace.
Pour qu'il soit solide (et pas pâteux), qu'il mousse, s'étale et se rince bien, mais aussi pour qu'il ne fonde pas trop vite, il faut environ 70% de tensioactifs purs.
 
Pour ma part, quand il a été question de mettre au point un shampooing, la question ne s'est jamais posée. 
Je ne travaille qu'avec des tensioactifs parmi les plus doux et pourtant, il ne m'est jamais venu à l'esprit de proposer un produit lavant contenant 65 à 90% de tensioactifs purs.
 
L'idée était pourtant tentante. Facilité de formulation, stabilité inconditionnelle, infinité de formes, de couleurs...
Le shampooing liquide s'est pourtant imposé naturellement, pour toutes les raison évoquées précedement. Le challenge aujourd'hui est plutôt de trouver un moyen de rendre le shampoing liquide "zéro déchet", avec un emballage biodégradable par exemple. J'y travaille...
 
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